Baptisée la « fiancée du danger », Marie Marvingt était une aviatrice hors norme, une pionnière de l’aviation de guerre, une aventurière intrépide, une sportive accomplie, une inventrice, une infirmière, une conférencière et même une journaliste. Elle est la femme la plus décorée de l’histoire.

Aventurière toutes disciplines confondues, Marie Félicie Elisabeth Marvingt est née à Aurillac en 1875. Ses parents, originaires de Metz où ils se sont rencontrés et mariés, quittent la Moselle pour l’Auvergne lorsque la ville tombe aux mains de l’Empire allemand en 1870. Quatrième enfant du couple, Marie Marvingt est initiée dès le plus jeune âge aux disciplines sportives que son père aurait aimé enseigner à ses fils (3 sont décédés et le dernier a une santé fragile). Partenaire d’aventures de son père, elle apprend très tôt à nager et pratique de nombreuses activités sportives, de l’escalade au billard. Dans les années 1880, la famille regagne la Lorraine avant que sa mère ne décède en 1889.
Une fois à la retraite, son père se consacre pleinement à son entrainement. A l’Age de 15 ans, elle réalise son 1er exploit en effectuant le trajet de Nancy à Coblence en canoë par la Meurthe et la Moselle. En 1899, elle est l’une des premières femmes à obtenir le certificat de capacité pour conduire des automobiles. Ayant décroché une licence de lettres, elle étudie également la médecine et le droit et apprend à parler cinq langues dont l’esperanto. Elle est également titulaire du diplôme d’infirmière.
Infatigable, elle dort peu et témoigne d’une organisation rigoureuse dans son emploi du temps. Transgressant les normes sociales de l’époque, elle refuse le mariage et la maternité et occupe son temps libre en rédigeant des poèmes sous le pseudonyme de Myriel.
Une sportive accomplie
Le 15 mars 1910, l’Académie des sports décerne à Marie Marvingt l’une des plus grandes distinctions : « la grande médaille d’or au titre de tous les sports » car elle est la première et la seule personne à avoir reçu une médaille d’or dans tous les sports.
Marie Marvingt pratique la natation et bat, en 1906, dans la catégorie « amateur », le record établit pour la traversée de Paris à la nage. Elle termine 15e au classement général et 3e féminine. En 1907, elle obtient le 1er Prix de la Ville de Toulouse pour une course en mer. D’autres traversées occasionnent de multiples victoires à Marie Marvingt qui multiplie les démarches pour rendre obligatoire l’apprentissage de la natation à l’école.
Elle se distingue également dans le cyclisme en remportant l’épreuve Nancy-Bordeaux en 1904 ou en participant de manière officieuse au Tour de France cycliste en 1908, les organisateurs ayant refusé son inscription. Marie Marvingt est officiellement reconnue comme la première femme à avoir terminé cette compétition mythique. C’est dans ce contexte qu’elle contourne la loi interdisant aux femmes de porter un pantalon en inventant la jupe-culotte.
Elle excelle dans l’alpinisme et les sports d’hiver. Elle est la 1ère femme à escalader la « Dent du Géant » sur le Mont Blanc et à effectuer la traversée des Grands Charmoz et du Grépon. Elle est reconnue par le magazine Fémina, en septembre 1911 comme l’une des pionnières de la discipline et elle est consacrée 5e mondiale de l’alpinisme féminin. Entre 1908 et 1910, elle domine les sports d’hiver à Chamonix remportant plus de 20 médailles d’or. Marie Marvingt enchaîne les victoires à ski, en luge, en patinage et même en bobsleigh.
Sportive passionnée et accomplie, elle excelle sur les cours de tennis, les terrains de golf et les terrains de polo. Elle pratique également le canoë, l’équitation, la gymnastique, l’athlétisme, les arts martiaux, la boxe, l’escrime et s’illustre au tir où elle remporte de nombreux prix d’honneur de tir au fusil de guerre. Elle est la seule femme ayant reçu les Palmes de premier tireur de la part du Ministère de la guerre.
La doyenne des aviatrices

Dès les débuts de l’aéronautique, Marie Marvingt se passionne pour la discipline. Elle est, à ce titre, la seule femme au monde à détenir quatre brevets relatifs au pilotage pour le ballon, l’avion, l’hydravion et l’hélicoptère.
Ainsi, en 1909, elle traverse la Mer du Nord, de nuit à bord de son ballon, l’Etoile Filante, pour relier Nancy à Southwood en Angleterre. Elle remporte, par la suite, en 1911, la coupe Femina honorant les femmes pilotes. Elle détient par ailleurs le record inégalé de 900 vols d’affilé sans « casser du bois ». De multiples exploits et de nombreuses victoires s’ensuivent, 17 au total, aux commandes d’engins… Cette passion de l’aviation pour celle que l’on surnomme « La fiancée du danger » la suivra tout au long de sa vie puisqu’à l’âge de 84 ans, elle décroche son brevet de pilote d’hélicoptère.
Inventrice dans l’aviation sanitaire
Lorsque la 1ère Guerre Mondiale éclate, elle s’engage comme infirmière volontaire Croix-Rouge, assistante en chirurgie. A presque 40 ans, elle travaille en aprallèle à l’essor de l’aviation sanitaire avec l’idée de créer une ambulance aérienne pour mieux soigner les blessés de guerres. Cependant, sa proposition est rejetée par les autorités française. Elle s’engage alors comme pilote de chasse, l’un des premiers bombardements de l’histoire lui étant attribué : une caserne de Metz occupée par les Allemands.
A l’issue de la guerre, elle donne de multiple conférences sur l’aviation médicale et fonde de manière indépendante, en 1929 l’association « Les Amis de l’Aviation sanitaire » avec laquelle elle forme les professionnels de santé à réaliser des sauvetages aériens. A l’aube de la seconde Guerre Mondiale, en 1934, elle est autorisée par les autorités françaises à installer son ambulance aérienne au Maroc et en 1939, elle crée un centre d’accueil pour aviateurs blessés.
Le saviez-vous ?
Pendant la Grande Guerre, Marie Marvingt se déguise en homme et réussit à être incorporée dans un bataillon de chasseurs à pied. Blessée, elle est confondue par ses camarades de tranchée et doit quitter l’uniforme. C’est à ce moment que le général Foch, pour la sanctionner, l’envoie dans les Dolomites italiennes pour s’occuper de l’évacuation des soldats blessés.
Excellant dans la peinture et la sculpture, c’est alors qu’elle devient infirmière, correspondante de guerre et conférencière pour exposer son idée d’avion sanitaire « Les ailes qui sauvent » dont le prototype sera réalisé par l’armée deux ans plus tard.

Ses distinctions
Force d’ambition et d’obstination, Marie Marvingt a atteint des sommets. Elle est la première femme à se voir décerné la Croix de guerre 1914-1918 avec Palmes par le Maréchal Foch. En 1935, elle est promue chevalière de la Légion d’honneur, chevalier de l’ordre de la Santé publique en 1938, pour ses contributions à l’aviation sanitaire, et officier de la Légion d’honneur en 1949. On lui décerne même la Médaille de la Paix du Maroc.
Elle est aussi lauréate du concours littéraire internationale, en 1948-49 pour deux ouvrages : La fiancée du danger et Ma traversée de la mer du Nord en ballon. Elle reçoit en 1954 le grand prix Deutsch de la Meurthe en tant que pionnière en aviation sanitaire. A 82 ans, elle est décorée de la médaille d’or de l’Education physique et de la médaille d’argent du Service de santé de l’air.
Au total, elle est décorée à 34 reprises !
La postérité
A cette époque, tout cela était assez inhabituel pour une femme. Cependant, cela ne l’a jamais arrêté. Ses dernières années se feront pourtant dans l’oubli. Jusqu’à la fin, elle sera infirmière, au chevet des plus pauvres. Elle-même, sans retraite ni famille, vit un quotidien proche du dénuement. Elle décède à Nancy le 14 décembre 1963, à l’âge de 88 ans.